« 21 octobre 1845 » [source : BnF, Mss, NAF 16361, f. 63-64], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12231, page consultée le 25 janvier 2026.
21 octobre [1845], mardi matin, 7 h. ¾
Bonjour, mon bon petit Toto adoré, bonjour, mon cher bien-aimé, bonjour,
je t’aime, et toi ? J’avais espéré que tu viendrais déjeuner et dîner
pendant les jours qui suivraient l’installation1. Je vois que je me suis
trompée et j’en suis bien triste. Je n’avais que ces deux moments de la
journée où je fusse à peu près sûre de te voir. Maintenant me voici
retombée dans cette attente de tous les instants qui n’aboutita jamais qu’à
des déceptions. Cependant, mon Victor adoré, je suis bien reconnaissante
de tout le bonheur que tu m’as donné. Je reconnais que tu as fait pour
cela tout ce que tu pouvais. C’était beaucoup pour toi, pour moi ce
n’est jamais assez. Quand bien même je vivrais avec toi sans te quitter
jamais, il y aurait des moments que je regretterais, comme des choses
perdues et voléesb à mon amour, ceux où tu regarderais autre chose que
moi, où tu penserais à autre chose que moi. Je te dis cela comme en
revenant de Pontoise2, mais tu me comprends
malgré mon affreux patois.
Dans le cas où Eulalie ne viendrait pas
aujourd’hui, je te promets de finir moi-même ton paletot. J’y mettrai
tous mes soins pour qu’il soit bien. Je me dépêche de faire mes affaires
dans cette intention. Je veux que tu l’aies aujourd’hui, je l’ai juré, fichtre, il n’y a plus à balancer. Baisez-moi mon Toto, je
vous aime plus que plein mon cœur.
Juliette
1 À la campagne depuis le 12 septembre, la famille de Victor Hugo est revenue à Paris ce 21 octobre.
2 « Comme en revenant de Pontoise » : gauchement, niaisement.
a « qui n’aboutissent ».
b « des choses perdue et volée ».
« 21 octobre 1845 » [source : BnF, Mss, NAF 16361, f. 65-66], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12231, page consultée le 25 janvier 2026.
21 octobre [1845], mardi après-midi, 2 h. ½
Je t’écris en attendant l’heure de sortir, mon cher petit bien-aimé, parce que je suis prête, que de reste je n’ai pas l’espoir que tu viendras avec moi à cause de tout ce que tu as à faire aujourd’hui, sans parler du retour de tout ton monde1. Je n’ose même pas supposer la possibilité que tu viennes au devant de moi par les quais parce que je sais la peine que me fait ce genre d’illusion quand la réalité n’est pas ce que je désire. Je ne sais pas comment est tournée cette phrase, mais elle me paraît farce. Du reste ce n’est pas la première que je remarque de cette farce-là. Si j’y mettais la moindre coquetterie ou la plus petite prétention, je ne t’écrirais jamais, mais Dieu sait que je ne songe qu’à t’aimer et que le reste m’est égal comme deux œufs. Tu m’as promis de venir demain déjeuner, mon Victor chéri, j’espère que tu tiendras ta promesse et que j’aurai encore ma petite matinée de joie. Je tâcherai que le Génevoy soit exact à l’heure afin que tu puissesa choisir toi-même les nuances. Ton paletot sera prêt tout à l’heure. Il sera délicieux. Jour, Toto, jour, mon cher petit o, je t’aime. Tu es beau, je t’adore. Baise-moi et aime-moi, tu ne seras que juste.
Juliette
1 À la campagne depuis le 12 septembre, la famille de Victor Hugo est revenue à Paris ce 21 octobre.
a « tu puisse ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle déménage dans une jolie petite maison avec jardin, et Hugo (moins jaloux car infidèle) relâche la surveillance étroite qu’il exerçait sur elle.
- 10 févrierJuliette déménage du 14 au 12, rue Sainte-Anastase.
- 1er marsHugo vient dîner pour la première fois dans son nouveau logement.
- 25 marsMort de M. Foucher, beau-père de Victor Hugo.
- AvrilVictor Hugo accorde à Juliette le droit de sortir seule.
- 13 avrilHugo nommé Pair de France.
- 2 juilletHugo surpris avec Léonie en flagrant délit d’adultère dans leur chambre du passage Saint-Roch, par M. Biard et la police. Juliette n’en saura rien, malgré le scandale dans les journaux.
- 8-10 septembreEscapade de Hugo, peut-être avec Léonie Biard, près de Montfermeil.
- 26 septembrePèlerinage de Juliette et Victor Hugo aux Metz.
